Peut-on être condamné sur les seules déclarations d’une victime ?

Hannah Genin-Schmite, Avocat au Barreau de Chartres

C’est une question qui revient très fréquemment en droit pénal : une personne peut-elle être condamnée uniquement parce qu’une victime l’accuse ?

La réponse est plus nuancée qu’un simple ou ou non.

En droit français, aucune règle n’impose que les déclarations d’une victime soient obligatoirement corroborées par une preuve matérielle. En revanche, une condamnation ne peut reposer que sur des éléments permettant au juge d’acquérir sa conviction, dans le respect de la présomption d’innocence.

Autrement dit, les déclarations de la victime peuvent constituer un élément de preuve, mais elles doivent être appréciées avec l’ensemble des éléments du dossier

LA PREUVE EST LIBRE EN MATIÈRE PÉNALE

En matière correctionnelle, le principe est celui de la liberté de la preuve.

L’article 427 du Code de procédure pénale prévoit que les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve, sauf lorsque la loi en dispose autrement.

Le tribunal apprécie librement la valeur des éléments qui lui sont soumis.

Ainsi, une vidéo, un témoignage, un échange de messages, une expertise, un aveu ou les déclarations de la victime peuvent tous être pris en considération.

Aucun élément de preuve n’a, par principe, une valeur supérieure à un autre.

LES DÉCLARATIONS DE LA VICTIME NE SONT PAS AUTOMATIQUEMENT SUFFISANTES

Il n’existe aucune règle selon laquelle la parole de la victime l’emporte systématiquement sur celle de la personne mise en cause.

Le tribunal doit apprécier :

• La cohérence des déclarations,
• Leur constance dans le temps,
• Leur précision,
• Leur comptabilité avec les autres éléments du dossier,
• Le contexte dans lequel elles ont été recueillies.

Le juge examine également les explications fournies par la défense ainsi que l’ensemble des investigations réalisées pendant l’enquête.

L’ABSENCE DE PREUVE MATÉRIELLE N’EMPÊCHE PAS TOUJOURS UNE CONDAMNATION

Dans certaines affaires, notamment lorsque les faits se déroulent sans témoin, il peut ne pas exister de preuve scientifique ou matérielle.

Dans le cas, par exemple, de certaines affaires de violences, de violences conjugales ou d’agressions sexuelles.

L’absence d’ADN, de vidéosurveillance ou de témoins ne signifie donc pas automatiquement qu’une condamnation est impossible.

Inversement, cette absence ne signifie pas davantage que la personne poursuivie est coupable.

Chaque dossier est apprécié individuellement.

LE DOUTE DOIT PROFITER AU PRÉVENU

En droit pénal français, la culpabilité doit être établie au terme des débats.

Si, après avoir examiné l’ensemble des éléments du dossier, un doute subsiste sur la réalité des faits ou sur l’identité de leur auteur, le tribunal doit en tirer les conséquences.

La présomption d’innocence demeure un principe fondamental de la procédure pénale.

LE RÔLE DE L’AVOCAT INTERVENANT EXCLUSIVEMENT EN MATIÈRE PÉNALE

Lorsqu’une procédure repose principalement sur des déclarations, le travail de l’avocat est essentiel.

Il consiste notamment à :

• Analyser chaque audition réalisée au cours de l’enquête,
• Relever les éventuelles contradictions ou évolutions des déclarations,
• Vérifier les conditions dans lesquelles les auditions ont été mené es,
• Confronter les déclarations aux autres éléments du dossier,
• Identifier les incohérences pouvant créer un doute raisonnable.

Une défense efficace ne consiste jamais à formuler des affirmations générales. Elle repose sur une analyse minutieuse de chaque procès-verbal et de chaque élément de preuve.

UNE ANALYSE AU CAS PAR CAS

Il est impossible d’affirmer, dès le début d’une procédure, qu’une personne sera condamnée ou relaxée au seul motif que le dossier repose principalement sur les déclarations de la victime.

Chaque affaire présente des particularités : le contenu des auditions, les investigations réalisées, les expertises éventuelles, les témoignages ou encore les éléments matériels disponibles peuvent modifier l’appréciation du tribunal.

C’est pourquoi une étude complète de la procédure est indispensable avant d’évaluer les perspectives de défense.

VOTRE AVOCAT INTERVENANT EXCLUSIVEMENT EN MATIÈRE PÉNALE

Maître Hannah GENIN-SCHMITE intervient exclusivement en droit pénal et assure la défense des personnes poursuivies comme des victimes devant les juridictions pénales.

Le cabinet analyse avec précision des procédures, identifie les éléments favorables à la défense et accompagne ses clients à chaque étape de la procédure pénale.

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